Théâtre de La Fenice

Grand opéra de Venise, plusieurs fois reconstruit, associé à l’histoire musicale italienne et européenne.

La Fenice, l’opéra ressuscité

Le théâtre La Fenice se cache dans le secteur de San Fantin, à quelques minutes de la place Saint-Marc. Sa façade relativement discrète ne prépare guère à la profusion de dorures, de stucs et de loges qui apparaît une fois franchi le vestibule. Son nom, « le Phénix », semble avoir été inventé pour résumer son histoire mouvementée ; il lui est pourtant antérieur, puisque le théâtre le portait déjà lors de son inauguration en 1792.

Théâtre de la Fenice à Venise
Pietro Tessarin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La Fenice fut créée par une société de patriciens vénitiens liée à l’ancien théâtre San Benedetto. Un concours d’architecture fut lancé en 1789 et le projet de Giannantonio Selva fut choisi pour être réalisé. Les travaux commencèrent en 1790 et le nouveau théâtre fut officiellement inauguré le 16 mai 1792, pendant la fête de l’Ascension. À cette époque, Venise possédait une vie théâtrale exceptionnellement dense : l’opéra était à la fois spectacle, affaire économique et élément majeur de la sociabilité aristocratique.

Selva conçut un théâtre à l’italienne, avec une salle en fer à cheval entourée de cinq niveaux de loges. Cette organisation répondait autant à des exigences acoustiques qu’aux usages sociaux de l’époque. Chaque loge formait un petit espace privé où l’on pouvait recevoir, converser, manger ou jouer tout en suivant plus ou moins attentivement ce qui se passait sur scène. Le théâtre était ainsi une sorte de société vénitienne en miniature : on venait entendre les artistes, mais aussi voir et être vu.

L’arrivée de Napoléon modifia cette architecture très égalitaire dans son principe. En 1808, plusieurs loges centrales furent réunies pour former une loge impériale, devenue par la suite loge royale. Les changements de régime laissèrent d’ailleurs leur trace dans la salle : supprimée après la révolution de 1848, la loge fut rapidement rétablie avec le retour du pouvoir autrichien. À La Fenice, même l’organisation des fauteuils pouvait devenir politique.

Une scène majeure de l’histoire de l’opéra

Au XIXe siècle, La Fenice s’imposa comme l’une des grandes scènes lyriques européennes. Rossini y donna notamment Tancredi et créa Semiramide en 1823 ; Bellini y fit entendre pour la première fois I Capuleti e i Montecchi en 1830 et Beatrice di Tenda en 1833. Donizetti y connut en 1836 un grand succès avec la création de Belisario.

Mais c’est surtout la relation avec Giuseppe Verdi qui inscrit durablement le théâtre dans l’histoire de l’opéra. La Fenice accueillit les premières représentations d’Ernani en 1844, d’Attila en 1846, puis de deux œuvres devenues centrales dans le répertoire mondial : Rigoletto, créé le 11 mars 1851, et La traviata, créée le 6 mars 1853. Cette dernière reçut lors de sa première un accueil difficile, avant de connaître la destinée que l’on sait. Simon Boccanegra fut encore créé ici en 1857.

La vocation de La Fenice ne s’arrêta pas au grand répertoire romantique. Au XXe siècle, le théâtre resta attentif à la création contemporaine et accueillit notamment en 1951 la première mondiale de The Rake’s Progress d’Igor Stravinsky. Benjamin Britten, Luigi Nono et Bruno Maderna comptent également parmi les compositeurs dont des œuvres nouvelles furent présentées sur cette scène.

Deux incendies, deux reconstructions

Dans la nuit du 13 décembre 1836, un incendie détruisit la salle et une grande partie du théâtre. Les frères Tommaso et Giambattista Meduna furent chargés de sa reconstruction et La Fenice rouvrit dès l’année suivante. Ils conservèrent l’organisation générale de Selva tout en adaptant davantage la salle aux représentations musicales. Les décors furent encore transformés au milieu du XIXe siècle, donnant progressivement naissance à l’image fastueuse du théâtre que connaîtront les générations suivantes.

Un nouvel incendie, cette fois criminel, ravagea La Fenice le 29 janvier 1996 alors que le bâtiment était fermé pour travaux. La salle, la scène et une grande partie des structures intérieures furent détruites. L’émotion provoquée à Venise et bien au-delà fut considérable : il ne s’agissait plus seulement de reconstruire un bâtiment, mais de restituer l’un des lieux emblématiques de l’histoire musicale européenne.

La nouvelle salle retrouve ainsi ses cinq niveaux de loges, ses décors de bois et de papier mâché, ses stucs, ses velours et son abondante dorure. Le recours important au bois répond aussi à une exigence acoustique. Les espaces survivants ou partiellement conservés, notamment les Salles Apolliniennes, furent restaurés en distinguant autant que possible les éléments anciens des parties restituées.

La Fenice fut rendue à la ville en décembre 2003. Le concert de réouverture, le 14 décembre, fut dirigé par Riccardo Muti. Les travaux techniques se poursuivirent encore quelques mois avant l’achèvement complet du chantier en 2004. Près de huit années avaient été nécessaires pour faire renaître le théâtre, dans un tissu urbain où transporter matériaux, engins et ouvriers constitue déjà une opération moins simple qu’ailleurs.

Visiter La Fenice

Une visite permet de découvrir la grande salle, les loges, la loge royale, les foyers et les Salles Apolliniennes, tout en comprenant la relation particulière entre architecture théâtrale et sociabilité vénitienne. Il faut regarder autant la disposition de la salle que ses dorures : l’organisation des loges raconte une société où le spectacle se déroulait simultanément sur la scène et parmi le public.

La visite reste naturellement différente d’une soirée d’opéra. Assister à une représentation permet d’éprouver l’acoustique et de voir le théâtre reprendre sa véritable fonction ; mais même vide, La Fenice possède suffisamment d’histoire pour justifier la découverte. Derrière son décor spectaculaire se lisent deux siècles de musique, de vie mondaine, de bouleversements politiques et de reconstructions successives.

La Fenice est ainsi bien davantage qu’un beau théâtre ancien. Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi ou Stravinsky y ont fait entrer des œuvres nouvelles dans l’histoire de la musique, tandis que deux incendies ont obligé Venise à reconstruire presque obstinément l’un de ses principaux lieux culturels. Peu d’édifices portent finalement leur nom avec autant de précision.

Sources et infos complémentaires

Teatro La Fenice - histoire du théâtre ; Teatro La Fenice - visiter le théâtre ; Teatro La Fenice - billets et informations.

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