Scuola Grande della Misericordia
Imposant edifice Renaissance de Cannaregio concu par Jacopo Sansovino pour une des grandes confreries de Venise, aujourd'hui lieu culturel et evenementiel, celebre aussi pour avoir abrite un terrain de basket de 1914 a 1991.
La Scuola Grande della Misericordia
À l’extrémité de la Fondamenta della Misericordia, cet immense bâtiment de brique compte parmi les édifices civils les plus imposants de Cannaregio. Conçue par Jacopo Sansovino, la Scuola Grande della Misericordia témoigne de la puissance des scuole grandi, ces confréries laïques qui jouaient à Venise un rôle religieux, charitable et social tout en rivalisant de prestige par leurs sièges monumentaux.
La confrérie de Santa Maria della Misericordia remonte à 1261. Installée à partir de 1308 dans une première école voisine, aujourd’hui appelée Scuola Vecchia, elle devint suffisamment importante pour envisager un siège beaucoup plus vaste. La construction d’un nouvel édifice fut autorisée dès 1498, mais les guerres du début du XVIe siècle retardèrent le chantier. En 1531, le projet de Sansovino fut finalement retenu.
Un projet monumental resté inachevé
Sansovino imagina un bâtiment à la mesure de la richesse de la confrérie. Les travaux progressèrent pourtant lentement et, à la mort de l’architecte en 1570, l’ensemble était encore loin d’être terminé : le grand étage ne possédait notamment ni plancher achevé ni escalier définitif. Les difficultés financières conduisirent à simplifier le programme, et la façade de pierre prévue à l’origine ne fut jamais réalisée. La brique laissée apparente, devenue aujourd’hui l’un des traits les plus caractéristiques de la Misericordia, témoigne ainsi d’un projet Renaissance demeuré partiellement inachevé. L’édifice fut finalement inauguré en 1583.
L’intérieur permet de mieux mesurer l’ambition de Sansovino. Le rez-de-chaussée, d’environ 1 000 m², est organisé en trois nefs séparées par de puissantes colonnes jumelées, presque comme une basilique transformée en espace civil. À l’étage s’étend une salle capitulaire de dimensions comparables, entièrement dégagée de supports intermédiaires et haute de plus de douze mètres : l’un des plus vastes espaces de réunion de la Venise historique.
Entre 1606 et 1609, ses murs furent décorés par des artistes de l’école de Paolo Véronèse. De grandes figures de prophètes, peintes en clair-obscur au milieu d’architectures feintes, donnent l’illusion de sculptures monumentales et prolongent visuellement les lignes de la salle. Une partie importante de ce décor subsiste encore aujourd’hui.
De la confrérie au lieu culturel
La confrérie avait disparu bien auparavant : supprimée sous la domination napoléonienne en 1806, la Scuola fut ensuite utilisée notamment à des fins militaires. La Ville de Venise l’acquit en 1899. Après la période sportive et plusieurs décennies de transformations, une importante restauration menée dans les années 2010 permit de retrouver la monumentalité des espaces sans chercher à dissimuler les différentes étapes de leur histoire.
La Misericordia rouvrit en avril 2016 comme espace culturel et événementiel. Expositions, installations artistiques, manifestations liées à l’architecture ou à la mode, tournages et réceptions investissent désormais les mêmes salles qui accueillirent successivement confrères de la Renaissance et joueurs de basket. Peu de monuments vénitiens résument aussi bien, dans un seul bâtiment, cinq siècles d’usages très différents.
Visite : la Scuola Grande della Misericordia ne fonctionne pas comme un musée ouvert quotidiennement. Son accès dépend des expositions et événements programmés ; il est donc conseillé de consulter le site officiel avant de s’y rendre.
Sources et infos complémentaires
Misericordia di Venezia – histoire de la Scuola ; Misericordia di Venezia – architecture et espaces ; Umana Reyer Venezia – histoire du club ; FAI – Scuola Grande della Misericordia.