Complexe des Saints-Côme-et-Damien
Ancien couvent benedictin et eglise desacralisee de la Giudecca, devenue usine de bonneterie puis incubateur d'ateliers artisanaux, avec cloitre et jardin du XVe siecle.
Saints-Côme-et-Damien, mémoire monastique et industrielle de la Giudecca
Sur le Campo San Cosmo, dans la partie occidentale de la Giudecca, se dresse un vaste complexe formé d’une ancienne église, d’un monastère bénédictin et d’un cloître du XVe siècle. Désaffecté comme établissement religieux au début du XIXe siècle, il a successivement connu des usages militaires, industriels puis culturels et artisanaux, dont les transformations restent encore lisibles dans son architecture.
Le monastère fut fondé en 1481 à l’initiative de Marina Celsi, patricienne et moniale bénédictine, ancienne abbesse de San Maffio à Murano puis de Sant’Eufemia à Mazzorbo. Avec l’autorisation du pape Sixte IV et le soutien des autorités vénitiennes, elle créa à la Giudecca une communauté attachée à une observance plus rigoureuse de la règle bénédictine. Le complexe était achevé en grande partie en 1492 ; l’église et son campanile, absents de la célèbre vue de Venise de Jacopo de’ Barbari en 1500, apparaissent en revanche dans une gravure publiée par Benedetto Bordone en 1528. L’église, à nef unique terminée par trois absides, ne fut consacrée qu’en 1583.
Avant sa fermeture religieuse, l’église avait acquis une remarquable richesse artistique. Ses murs accueillirent des œuvres du Tintoret, de Palma le Jeune, Sebastiano Ricci, Giambattista Pittoni ou encore Giambattista Tiepolo, ainsi qu’un retable de Giovanni Buonconsiglio réalisé dès 1497 pour le premier ensemble conventuel. La chute de la République puis les suppressions napoléoniennes entraînèrent la dispersion de la majeure partie de ce patrimoine. Parmi les œuvres saisies figurent le David dansant devant l’Arche de Sebastiano Ricci et la Chasse des marchands du Temple d’Angelo Trevisani, transférés à Milan puis installés en 1818 dans l’église de Somaglia, en Lombardie.
Les religieuses avaient été regroupées à San Zaccaria dès 1806 et les bâtiments furent affectés à des usages profanes à partir de 1810. Au XIXe siècle, l’ancienne église servit notamment de caserne, d’hôpital et même de fabrique de sels destinés à l’élevage. À la fin du siècle, l’installation des Maglierie Herion bouleversa davantage encore l’édifice : deux planchers divisèrent la nef en trois niveaux, les fresques furent recouvertes et des installations à vapeur, conduites, monte-charges et grandes cuves furent aménagés pour la production textile.
La restauration engagée par la Ville de Venise à partir des années 1990 a choisi de conserver les traces de cette histoire plutôt que de restituer artificiellement l’église dans son seul état religieux. Les travaux ont notamment permis de retrouver sous les enduits d’importants décors peints des XVIe et XVIIe siècles, dont une Annonciation attribuée à Francesco Salviati et les fresques de la coupole de Gerolamo Pellegrini. Le cloître et son jardin d’environ 4 000 m² ont également été récupérés, tandis que certains aménagements industriels ont été conservés comme témoins de la seconde vie du monument.
Le complexe accueille aujourd’hui plusieurs activités culturelles et artistiques. Le cloître abrite notamment des ateliers d’artistes de la Fondazione Bevilacqua La Masa, tandis que la Sala del Camino accueille expositions et manifestations. L’ancien couvent héberge également la Fondazione Archivio Luigi Nono, qui conserve le fonds documentaire du grand compositeur vénitien.
Visite : Santi Cosma e Damiano n’est pas un monument ouvert selon des horaires touristiques réguliers. Certains espaces deviennent accessibles lors d’expositions, d’événements culturels ou des journées d’ouverture des ateliers ; il est donc préférable de consulter la programmation de la Fondazione Bevilacqua La Masa et de la Ville de Venise.
Sources et infos complémentaires
Comune di Venezia – Histoire de Santi Cosma e Damiano ; Comune di Venezia – restauration et usages du complexe ; Fondazione Archivio Luigi Nono ; Catalogo generale dei Beni Culturali – œuvres provenant de Santi Cosma e Damiano.