Scuola Grande dei Carmini
Une confrérie historique de Dorsoduro, célèbre pour son décor intérieur et les peintures de Tiepolo.
Scuola Grande dei Carmini, confrérie et Tiepolo
La Scuola Grande dei Carmini se trouve à Dorsoduro, à quelques pas du Campo Santa Margherita et juste à côté de l’église Santa Maria dei Carmini. Derrière une façade relativement sobre se cache l’un des ensembles décoratifs les plus riches du quartier. C’est aussi un excellent lieu pour comprendre un aspect essentiel de la société vénitienne : le rôle des confréries dans la vie religieuse, sociale et artistique de la République.
À Venise, une scuola n’était pas une école au sens moderne, mais une confrérie laïque. Ses membres se réunissaient autour d’une dévotion commune, participaient aux cérémonies religieuses, organisaient des actions d’entraide et apportaient notamment assistance aux confrères malades ou en difficulté. Ces institutions disposaient de leurs propres règles, de ressources financières et parfois d’un patrimoine considérable ; elles devinrent ainsi d’importants commanditaires pour les architectes, peintres et sculpteurs vénitiens.
La confrérie des Carmini fut fondée en 1594 autour de la dévotion à la Vierge du Carmel et du culte du scapulaire. Elle fut officiellement reconnue par le Conseil des Dix en 1597 comme Scuola Piccola. Son développement rapide conduisit bientôt à la construction d’un siège indépendant, directement voisin de l’église des Carmes.
Le projet du bâtiment actuel fut approuvé en 1627 sur les plans de Francesco Caustello, architecte attaché aux Procurateurs de Saint-Marc. Le complexe fut progressivement agrandi et achevé dans ses grandes lignes en 1670. Au cours des décennies suivantes, les espaces intérieurs gagnèrent encore en monumentalité : l’aménagement du grand escalier est notamment attribué à Baldassare Longhena, avec une réalisation probablement conduite par son élève Antonio Gaspari.
La visite révèle ainsi une succession de salles où boiseries sculptées, stucs blancs et dorés, plafonds à caissons et grandes peintures composent un décor beaucoup plus somptueux que ne le laisse prévoir l’extérieur. L’organisation même du bâtiment traduit la hiérarchie de la confrérie : chapelle, salle du chapitre, salle des archives, salle de l’Albergo réservée à ses dirigeants et pièce du Trésor accompagnaient ses différentes fonctions religieuses et administratives.
Le grand spectacle de Tiepolo
Ce n’est qu’en 1767 que la confrérie obtint officiellement le rang prestigieux de Scuola Grande. Elle fut ainsi la dernière à recevoir ce statut avant la chute de la République en 1797, lorsqu’elle était la plus récente des huit Scuole Grandi alors existantes. Supprimée en 1807 par les décrets napoléoniens, elle fut ensuite reconstituée et poursuit encore aujourd’hui son existence confraternelle.
Le sommet de la visite est la Salle du Chapitre, dont le plafond fut décoré par Giambattista Tiepolo entre 1739 et 1749. Le peintre y développa un ensemble de neuf grandes toiles consacré à la Vierge du Carmel et au scapulaire. Figures vues en raccourci, nuées lumineuses et ouvertures illusionnistes donnent l’impression que le plafond disparaît pour laisser place au ciel, procédé dans lequel Tiepolo excellait particulièrement.
Le cycle ne constitue pourtant qu’une partie du patrimoine artistique de la scuola. Dans la salle de l’Albergo, l’Assomption de la Vierge de Padovanino occupe le centre du plafond. La salle des Archives conserve notamment des boiseries attribuées à Giacomo Piazzetta et une spectaculaire Judith et Holopherne de Giambattista Piazzetta, tandis que d’autres salles réunissent des œuvres de Sante Piatti, Antonio Balestra, Gaetano Zompini ou Giustino Menescardi.
Les décors ne doivent donc pas être regardés comme une simple accumulation d’œuvres prestigieuses. Ils formaient un véritable programme : la Vierge du Carmel, les vertus chrétiennes, les figures bibliques et le scapulaire rappelaient aux membres leur identité commune et affirmaient en même temps le rang de la confrérie dans la société vénitienne. À Venise, la charité et la dévotion savaient aussi parler le langage du marbre, de la dorure et de la grande peinture.
Moins fréquentée que les grands musées de Dorsoduro, la Scuola Grande dei Carmini permet enfin une visite relativement concentrée dans un ensemble demeuré très cohérent. Elle complète particulièrement bien la découverte de l’église voisine et du Campo Santa Margherita : en quelques salles, on passe de la Venise des confréries à l’un des grands cycles picturaux du XVIIIe siècle.
Sources et infos complémentaires
- Scuola Grande dei Carmini - Histoire - site officiel.
- Scuola Grande dei Carmini - Le bâtiment - site officiel.
- Scuola Grande dei Carmini - Salle du Chapitre - site officiel.
- Venezia Unica - Scuola Grande dei Carmini.
