Palais-musée Mocenigo
Ce palais-musée de Santa Croce est consacré aux costumes, aux textiles, aux intérieurs patriciens et au parfum. Il convient à une découverte plus approfondie du quartier. Moins spectaculaire que le palais des Doges, mais plus proche de la vie quotidienne, illustrant le commerce international vénitien, l’artisanat et le goût du luxe qui se traduisaient concrètement dans les appartements et jusque dans les moindres détails.
Palais Mocenigo, textiles et vie patricienne
Le Palais Mocenigo se trouve dans le sestiere de Santa Croce, à quelques pas de l’église San Stae. Plus discret que les grandes résidences donnant sur le Grand Canal, il permet de pénétrer dans un palais patricien vénitien à l’échelle plus intime, où les collections restent étroitement liées aux pièces, aux décors et à la vie de la famille qui l’occupa.
D’origine gothique, l’édifice fut progressivement agrandi et profondément remanié au début du XVIIe siècle. Ses façades sur la salizada et sur le rio de San Stae sont notamment rythmées par de grandes fenêtres en serlienne. À l’intérieur, les pièces s’organisent autour du portego, vaste salle traversante caractéristique des demeures nobles vénitiennes, utilisée pour la circulation mais aussi pour les réceptions et la représentation sociale.
Ouvert au public en 1985, le palais accueille aujourd’hui le Musée du textile, du costume et du parfum. Le parcours, entièrement réaménagé et agrandi en 2013, se développe dans une vingtaine de salles du premier étage noble. Il associe mobilier, tableaux, verreries, objets décoratifs, vêtements et accessoires afin de restituer l’atmosphère d’une résidence aristocratique des XVIIe et XVIIIe siècles.
Le vêtement comme langage social
Les costumes exposés ne sont pas de simples pièces de mode. Étoffes façonnées, broderies, dentelles, boutons, éventails et accessoires indiquaient le rang, la richesse, l’âge ou la fonction de celui qui les portait. Dans une société patricienne fondée sur la représentation, l’apparence constituait un langage soigneusement codifié, parfois encadré par des lois somptuaires destinées à limiter les démonstrations de luxe les plus excessives.
Les salles conservent également des fresques, des portes en bois précieux, des cadres sculptés et dorés ainsi qu’un mobilier rococo ou néoclassique. Plusieurs plafonds furent décorés en 1787 à l’occasion d’un mariage de la famille Mocenigo, rappelant que les grands événements familiaux étaient aussi l’occasion de renouveler le décor et d’affirmer le prestige de la maison.
Le musée abrite en outre un important centre d’études consacré à l’histoire des textiles, du costume et du parfum. Ses collections proviennent notamment des fonds Correr, Cini, Guggenheim et de l’ancien Centre international des arts et du costume de Palazzo Grassi. Une bibliothèque spécialisée et de nombreux dessins de mode complètent cet ensemble destiné autant aux chercheurs qu’aux expositions.
Le parcours consacré aux parfums associe objets, flacons, matières premières, dispositifs multimédias et expériences olfactives. Il montre que les senteurs ne relevaient pas uniquement de la séduction : on leur attribuait également des vertus hygiéniques, médicinales ou protectrices, dans une époque où l’air corrompu était encore considéré comme un vecteur de maladie.
Le Palais Mocenigo complète particulièrement bien la visite de Ca’ Pesaro et du Fontego dei Turchi. Là où le premier est consacré à l’art moderne et le second à l’histoire naturelle, Mocenigo ramène le visiteur vers l’intérieur habité : les vêtements, les objets, les odeurs et les usages quotidiens qui animaient une demeure noble.
Sources et infos complémentaires
Palazzo Mocenigo – MUVE ; Palazzo Mocenigo – lieu et histoire ; Palazzo Mocenigo – parcours et collections ; Venezia Unica – Santa Croce.